Quand l’humaine prend le pas sur l’éducatrice canine que je suis...
- 26 juil.
- 4 min de lecture
Je suis consultante en comportements canins, spécialisée sur les comportements motivés par la peur et l’anxiété.
J’ai appris et continue d’apprendre sur le fonctionnement des chiens, leur cerveau, leurs émotions, l’influence de divers paramètres tels que leur santé, leur environnement, sur leur capacité d’apprentissages.
J’ai appris et continue d’apprendre à m’adresser au mieux à leurs humains pour les motiver à mettre en place mes conseils, pour les motiver à parfois changer certaines de leurs habitudes, à transmettre certaines de mes connaissances pour les éclairer sur leur chien, à faire preuve de patience et ténacité.
J’ai appris et je continue à apprendre à mettre en valeur les comportements attendus, qu’ils soient émis par les chiens ou par les humains. J’accompagne des foyers, des binômes, pas seulement des canidés.
Pour autant, malgré toute ma volonté de me rappeler que c’est une profession que j’exerce, qu’il s’agit de mon métier, je reste humaine, et suis aussi fière que peinée parfois.
Fière de voir certains humains dépasser leurs doutes, heureuse de les voir apprécier leur chien sous un autre jour, touchée de voir la solidarité que certains humains ont entre eux en cours ou balade collective, enthousiasmée de les voir curieux pour apporter encore plus de bonheur à leur chien, soulagée de les voir accepter que leur chien a du potentiel, stimulée à les voir progresser en duo avec leur chien, à les voir s’entraîner les uns les autres vers plus de sérénité.
Je ne suis pas devenue éducatrice canine, comportementaliste canin, consultante en comportement canin, parce que je m’ennuyais ou aimais bien les chiens. J’aurais pu. Je pourrais me contenter de ce que je sais et fournir cela. Je pourrais ne jamais m’investir à en savoir plus, à être capable de pratiquer mieux. Sauf que ça, je ne sais pas faire. Je suis incompétente quand il s’agit de ne pas m’impliquer, de ne pas donner plus et mieux que la veille.
Les chiens de mes clients ont beau ne pas être mes chiens, je suis susceptible de m’attacher à certains d’entre eux (y compris à leurs humains!). Ce sont des êtres vivants d’une si grande richesse que je suis loin d’avoir épuisée mon avidité de les comprendre, ma soif de partager leur monde.
Récemment, j’ai eu un cours pour une chienne, d’autres clients sont venus avec leurs chiens pour apporter leur assistance. L’ambiance, l’écoute les uns des autres, les craintes, les sourires, les rires, mon métier me permet de vivre de vrais moments agréables.
Parfois, j’ai aussi envie de pleurer avec eux : quand le chien d’une cliente est attaqué et en état de choque, quand je me tiens présente pour les dernier sommeil d’une vieille chienne en phase terminale.
J’ai appris et continue d’apprendre à conserver des distances émotionnellement, à créer une dissociation entre le personnel et le professionnel afin de rester présente et à l’écoute. Mais je reste humaine.
Et il y a les humains que je sais que je ne convaincrai pas, ceux qui veulent sans faire, ceux que ma pédagogie n’atteint pas, ceux que mon genre – le « sex faible » - rebutent, ceux qui me contactent en estimant ne pas avoir besoin de moi, ceux qui veulent m’entendre les flatter quoi qu’ils fassent, ceux qui veulent que je transforme leur chien peu importe les moyens, ceux qui veulent que leur chien s’adapte à tout sur Terre, ceux qui veulent un résultat sans comprendre leur chien, ni s’adapter, ni le guider, ceux qui veulent mes conseils et appliquer tout autre chose, ceux qui se lassent d’investir du temps pour leur chien, ceux qui m’insultent en mots et/ou comportements, etc.
Je reconnais que mes compétences pédagogiques ont leurs limites : ce que je refuse de faire subir aux chiens autant qu’aux humains, mon obligation de moyens et non de résultats. Ma langue sert à parler, pas à flagorner. Je connais le tact et l’empathie, pas la malhonnêteté qui n’aide personne.
Je ne saurai passer la perception de l’être chien (perçu parfois comme un outil, comme une peluche, comme un membre d’un placard et non du foyer), le choix de la facilité (opter pour la peur plutôt qu’une modification par la coopération, ou pour l’isolement plutôt que de dévouer cinq minutes pour donner confiance à son chien), le choix de pratiquer ce qui a toujours été connu (afin de ne pas se bousculer dans ses propres certitudes et habitudes), les caractères dirigistes (ils décident de ce que j’ai à leur montrer, le plus souvent dans l’urgence, sans avoir à écouter ou appliquer).
Parfois je suis témoin de négligences, voire de maltraitances. Cela peut être une intonation émise régulièrement, un geste brusque, un outil infligeant de la douleur, un environnement inadapté. Pourtant, mon travail consiste aussi à être à l’écoute de ses humains, à les comprendre, à leur expliquer qu’il est possible de guider leur chien autrement. Parfois, j’ai affaire à de sourdes oreilles et des clients qui disparaissent ; parfois, je dois accepter que je n’ai aucune baguette magique et me rappeler que mon travail ne consiste à imposer ma vision du chien coûte que coûte. Je choisis alors de m’effacer ou de m’accrocher, de me protéger ou de persévérer.
Bonheur, désillusion, excitation, passion, joie, tristesse, plaisir, fierté, agacement, frustration, patience, et j’en passe ! Une belle panoplie de ce qui m’est possible de ressentir dans mon métier. Si j'ai des gestes mécaniques sur certaines techniques, mon coeur est bien humain.




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